Le portrait

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Louis de Sabran-Pontevès
et le Château Royal de Cazeneuve

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Pour peu que les oliviers remplacent les pins maritimes, que le chant des cigales couvre le ruissellement du Ciron et nous voilà en Provence ! En 2014, Louis de Sabran-Pontevès hérite du Château Royal de Cazeneuve. Depuis, un doux parfum de lavande plane autour du joyau aquitain. Pourtant pas de doute, c’est bien en Sud-Gironde que le monument attire 50 000 visiteurs par an. Pour soutenir ce rayonnement touristique, pas de secret : la clé, ce sont les projets ! Le propriétaire des lieux nous partage les siens autour d’un cannelé (anisé, nous l’aurions juré).

Après trois mois, stylos muselés, la grandiloquence nous fait de l’œil. On a envie de saisir l’opportunité d’une interview royale pour se lancer dans des tirades oniriques, user et abuser des emphases, s’essayer à une syntaxe alambiquée… En bref, on avait prévu d’en faire des tonnes. Mais c’est inutile, le Château Royal de Cazeneuve n’en a pas besoin : il se suffit à lui-même. Il n’y a qu’à voir la lumière à couper le souffle qui inonde ses pièces. Scotché, on se met à rêver à de belles après-midis d’été passées à festoyer… Et si nous oublions si facilement que les parois sont épaisses de plus d’un mètre, et qu’un jour ici ont séjourné quelques grands noms de la royauté (Henri IV et La Reine Margot), c’est peut-être parce qu’aujourd’hui, la demeure est habitée.

Dessein généalogique
« Le château appartenait à mon grand-père. À l’époque, il n’était pas entretenu. Mes parents se sont lancés dans sa rénovation en 1989 et ont décidé de l’ouvrir à la visite pour la première fois. Ce sont eux qui ont façonné le visage qu’on lui connaît aujourd’hui en respectant scrupuleusement les archives de chaque pièce ! Leur travail représente trente ans de travaux ininterrompus. Ça a débuté par la toiture (3 ans), puis pièce par pièce… Et ça continue encore aujourd’hui (rires). » Louis revient avec tendresse sur le prélude de sa folle histoire avec le château. Il y a passé son enfance, dès l’âge de neuf ans il s’asseyait à l’arrière d’un tracteur pour déménager des pièces, un pinceau dans la poche pour les repeindre. Il a toujours voulu aider ses parents et mettre le nez dans les coulisses. Puis vient l’âge où le petit garçon devient acteur de sa propre vie, le tourbillon – de la vie – commence alors : des études supérieures à Bordeaux, la rencontre avec Caroline, sa femme, un poste de banquier à la Rochelle puis à Bordeaux, la naissance de ses trois enfants… La frénésie du quotidien raréfie les moments passés au château, transformant les semaines en week-ends. Mais nul n’a d’emprise sur le temps. Et lorsque le papa de Louis décède brutalement, l’héritier ne se pose pas la question : il va assurer la succession. Si le regret d’une passation complice demeure, l’hommage rendu est une consolation cicatrisante.

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La vie de château
Nous avons posé la question à Louis : à quoi est-ce que ça ressemble, la vie de châtelain ? Si l’expression française fait bien référence à la démesure, elle n’est cependant pas à entendre au sens d’opulence… « Quand on dit que tout est démesuré, c’est parce que chaque tâche prend une ampleur colossale. Un coup de peinture sur les fenêtres ? Le château en comporte 88… Passer l’aspirateur ? Prévoyez trois bonnes heures, uniquement pour les tapis et passages (rires). » Du temps, de l’argent et surtout de l’investissement, voilà ce qui fait vivre un château. Investi pour la promotion du territoire, Louis l’est : il s’est engagé en tant qu’administrateur auprès d’institutions locales comme l’Office de Tourisme Sauternes Graves Landes Girondines, Gironde Tourisme (Département de la Gironde), ou encore la Route des Vins Graves et Sauternes et a également conservé un pied dans le monde bancaire en apportant son expérience professionnelle au service de la Caisse Locale de Bazas et de la filière Tourisme du Crédit Agricole d’Aquitaine. Mais selon lui, le principal se trouve ailleurs : « Vous oubliez la passion ! On ne se lance pas dans une telle aventure sans être passionné par ce que l’on fait ». Pour l’aider au quotidien, trois salariés et une équipe de 10 bénévoles. Une équipe que vous pouvez d’ailleurs rejoindre en adhérant à l’association Les amis du Château de Cazeneuve. « Vous pouvez soutenir le château financièrement, prêter main-forte pour des travaux, devenir guide… » En parlant de mains, n’oublions pas de citer les trois paires espiègles qui sont toujours prêtes à jouer les caissiers pendant l’été : « lorsque les visiteurs affluent à la haute saison vous pouvez être certains que c’est avec eux que vous trouverez mes garçons (rires). Ils apprécient cette vie à la croisée du lieu public et du domicile familial ».

Vestige contemporain
« Si c’est un témoin de l’histoire passée, le château n’a cependant pas vocation à être figé ! Au contraire, cela relève de mon devoir de l’animer pour donner envie aux visiteurs de le transmettre, ce témoin. » Chaque année, des travaux d’entretien sont réalisés. Cet été, une rambarde en rondin de bois a été apposée le long des gorges du Ciron pour protéger les plus petits lors des visites. Des protections ont été ajoutées à la bambouseraie pour mieux délimiter les sentiers de passages. (Bon à savoir : les 40 hectares de Parc Classé sont entièrement accessibles lors des visites.) Mais le grand projet de Cazeneuve pour 2020, c’est sa mise en accessibilité. « Nous souhaitons restituer une tour effondrée au XVIIIème siècle qui reliera les deux chemins de ronde. À l’intérieur de celle-ci, un ascenseur, ainsi que des toilettes à destination des personnes à mobilité réduite, pourront ainsi rendre le château accessible à tous. Une première en France ! » Bien évidemment, un projet d’une telle envergure nécessite un financement au moins égal : 800 000€ d’investissement. Impossible pour Louis d’assumer ces frais seuls, il a donc lancé une campagne de mécénat.

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Participez au projet !
Pour faire un don et aider Louis à financer ce grand projet, plusieurs options : sur place au château, par chèque (à l’ordre de la Demeure Historique/Château de Cazeneuve). Ou via internet, en vous rendant sur le site chateaudecazeneuve.com ou sur mecenatmh.fr. Le montant est libre et chaque participation compte ! Bon à savoir : votre don est déductible à 66% de l’impôt sur le revenu.

Pst, dernière confidence : à l’heure où nous écrivons ces lignes, les caméras de France 2 arpentent les dédales du château pour vous offrir un reportage à se délecter dès la rentrée (Magazine « Reportages » de France 2 samedi et dimanche à 13h15 le reportage sera intégralement dédié à Cazeneuve)  !

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