Le portrait

joconde

Gabrielle Furlan, artiste peintre

C’est posée au sol que Gabrielle Furlan débute sa toile. Penchée au-dessus du futur tableau, la peintre déploie une large gestuelle. Une articulation de mouvements signature qu’elle a toujours cultivée. Au fil des années, ses œuvres se sont épurées, jusqu’à frôler l’abstraction, sans jamais rien perdre de leur figuration. C’est dans son atelier à Verdelais que l’artiste nous a reçus : entre discussions sur la place de l’art dans la culture et son soutien aux talents de demain, nous avons gratté le vernis de plus de 30 ans de carrière.

Les ocres sont ses couleurs préférées. Sûrement parce qu’elles offrent d’infinies possibilités de contrastes. De ces nuances, Gabrielle fait émerger d’émouvants paysages. Née au pied des Pyrénées, à Coarraze, la chaîne de montagnes a été son premier modèle. « Mon papa était sculpteur de bois. Petite, j’aimais m’installer dans son atelier pour peindre et dessiner », se rappelle Gabrielle. Parallèlement, enfant et passion grandissent : aux prémices de sa vie étudiante, elle rêve de rejoindre Paris pour intégrer les Beaux-Arts. Aînée d’une famille de cinq enfants, la capitale effraie ses parents. « Le cordon était difficile à couper, ils avaient besoin de moi à la maison. » Dévouée et empathique, la jeune femme entreprend des études d’infirmières et découvre avec bonheur le versant de la psychologie.

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Infirmière le jour, peintre la nuit

Aujourd’hui retraitée, Gabrielle a toujours cumulé travail et peinture.  « Je n’avais pas envie que ma passion se mélange à mon métier. Pour rien au monde je ne souhaitais perdre l’amour de l’art. » La journée, elle découvre avec enthousiasme, l’œuvre de Lacan. À la tombée de la nuit, ses livres regagnent la bibliothèque et laissent place à son chevalet. Lorsqu’on se demande comment elle a supporté un rythme si éreintant, sa réponse nous fait douter qu’elle ait, un jour,  accroché une montre à son poignet. « Peindre a toujours été un moment heureux. Peu importe l’heure, j’attends avec impatience qu’il arrive ! » Gabrielle est restée en poste à l’hôpital de Cadillac pendant une trentaine d’années. Une carrière médicale en parfaite asymétrie avec sa vie artistique, qui elle, l’a menée vers de multiples horizons.

Il est cinq heures,

Plus haut, nous vous disions que la jeune béarnaise avait des rêves parisiens. Cinq expositions au Grand Palais plus tard, les voilà devenus bien réels. Des sélections qui auréolent son travail du succès, comme la médaille du Mérite et dévouement français qu’elle vient de retrouver après un peu de rangement. Enfin, pas tout à fait : « j’ai remis la main sur l’invitation à la soirée où l’on était censé me la décerner en 2000… Mais je ne m’y suis jamais rendue (rires) ! » Certains psychologues seraient tentés de qualifier cette négligence d’acte manqué. Nous ne pourrions qu’approuver, tant la modestie de Gabrielle lui fait honneur. Car à cette soirée, comptait tout de même parmi les invités, un dénommé et regretté, Charles Aznavour…

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le monde s’éveille

« À Paris, la Galerie Thuillier (où elle exposait, ndlr) organisait des échanges avec des artistes étrangers. » Un partenariat culturel qui lance le début de sa longue série de voyages. Impossible de tous vous les citer, attardons-nous sur le Japon. Là-bas, Gabrielle voit ses tableaux conquérir les plus prestigieux musées. « Les Japonais sont très proches de l’art. À Osaka, lorsque j’ai eu la chance de présenter mes œuvres au Musée national d’art, la cérémonie était majestueuse ! Ce qui a été étonnant et réjouissant est qu’ils n’associaient ni la grandeur ni les protocoles à une quelconque notion de classe sociale. Tout le monde était invité, de l’artiste novice au politique le plus influent ! Seule l’idée de partager le beau subsiste. » Une idéologie qu’elle s’est empressée de rapporter dans ses valises. Déléguée au sein de l’association Arts et Lettres de France à Bordeaux, Gabrielle est la marraine d’innombrables jeunes talents.

La région pour inspiration

« J’ai deux ateliers, un à Pau et un à Verdelais. Je garde un attachement certain à ma région natale, mais je dois avouer que la nature verdoyante du Sud-Gironde m’a conquise. » Lorsqu’elle s’est mise à traiter le sujet du vin, les châteaux du Sauternais lui ont tous ouvert leurs portes ! « Je pense notamment à La Tour Blanche qui m’a réservé un accueil des plus chaleureux pour lequel je les remercie encore. » Attachée à promouvoir le patrimoine local, Gabrielle va prochainement participer à un nouveau projet itinérant. « Au mois de février, Séverine Bord, Philippe Plagnol et moi-même allons faire le tour des bastides : Sauveterre-de-Guyenne, Sainte-Foy-La-Grande et Blaye. » Avant de quitter l’artiste, une dernière question nous brûle la langue : à combien de tableaux ses pinceaux ont-ils donné vie ? Réponse badine qui ne nous a pas surpris : « comment le saurais-je, je ne les ai jamais comptés (rires). »

Gabrielle Furlan
06 87 27 38 95 – art-furlan.fr
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