Marina Furlan, intervenante en médiation par l’animal.

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Certains seront touchés, d’autres pourraient se découvrir une nouvelle vocation. Pour rentrer dans l’univers de Marina Furlan, vous devez être prêts à vivre un moment de grande sensibilité, en totale harmonie avec les animaux, mais aussi les gens. L’un ne va pas sans l’autre pour cette jeune femme au cœur gros comme ça. Le temps se fige pour deux heures de conversation entourées des chiens Romeo, Hanna, Ziguy, le petit mouton noir Kira, et bien d’autres.

« Bienvenue dans notre petit coin de bonheur. Mes parents ont acheté cette propriété un an avant ma naissance », introduit Marina. Nous voici à Coimères, au sein d’une propriété de plusieurs hectares bordée par une bambouseraie. Un petit cours d’eau traverse les enclos des chèvres et des ânes et des dizaines de petites cabanes cachent une ribambelle d’animaux que nous aurons plaisir à vous présenter un peu plus tard. « J’ai grandi au milieu de cette ménagerie. Maman a eu jusqu’à 40 moutons, juste pour le plaisir ! J’assistais aux mises bas, aux soins… Cela fait partie intégrante de ce que je suis. » Vivant avec sa mère et son frère, Marina confie adorer cet esprit de vie en communauté avec sa famille. Leur vie s’est construite autour de cette propriété qu’ils aiment par-dessus tout : élevage de chevaux de courses, séjour et camps de vacances, centre équestre puis pension, la mère de Marina a de nombreuses fois dû s’adapter et se réinventer pour conserver ce petit coin de paradis.

« À l’époque, lorsque nous accueillions des groupes, je voyais bien que maman ne faisait pas de distinguo entre les personnes valides et porteuses de handicaps. Et pourtant, avec les animateurs, on observait un impact positif sur le quotidien de ces personnes qui se sentaient de mieux en mieux au fur et à mesure des animations proposées avec le cheval. » Le déclic de Marina est en passe de pointer le bout de son nez. « Je me suis beaucoup investie avec des groupes d’adultes déficients mentaux, c’est là que je me suis dit : « c’est ça que je veux faire ! » ». Mais aucun diplôme reconnu ne permet à la jeune fille de concrétiser son projet. « Le métier de chargé de projet en médiation par l’animal n’est pas reconnu, même si nous commençons à gagner du terrain. »

Après un rapide passage au Super U de Bazas, elle se décide finalement à suivre une formation « Comportementaliste-médiateur pour animaux de compagnie » à Toulouse. « J’ai vite compris que ce n’était pas tout à fait ce à quoi j’aspirais. J’étais formée au métier de comportementaliste et les gens me voyaient comme un service qu’il suffisait de payer pour obtenir un résultat. Pour moi, il manquait les fondamentaux, la relation sociale à l’autre. » Elle part donc en Alsace pour suivre la formation qui la faisait tant rêver. En l’espace de 15 jours, Marina se forme à la médiation animale. Ce voyage confirme le projet professionnel de cette jeune entrepreneure en herbe. « Je suis rentrée à la maison avec la ferme intention de mettre à profit mon savoir ! J’ai monté une association* pour m’entourer d’un réseau de partenaires et de prescripteurs susceptibles d’avoir besoin de mes services, et de partager leurs expériences ». Médecin, infirmière, éducatrice spécialisée, vétérinaire, voici les personnes ressources auxquelles Marina fait régulièrement appel pour confirmer ses projets de médiation et les mettre à profit de ses bénéficiaires.

Crèches, hôpital psychiatrique, ESAT, maisons de retraite, toutes les structures peuvent être concernées. Et parmi les publics, on retrouve les enfants. « Dans le cadre d’ateliers ludiques et pédagogiques, j’accueille des groupes d’enfants pour des visites de la ferme où je leur fais découvrir les différentes espèces animales, leur mode de vie, etc. » Mais Marina s’adresse également à des publics de polyhandicapés. Moteurs ou mentaux, elle n’écarte personne, au contraire : « Avec l’animal, on peut tout faire. Là on peut travailler des objectifs thérapeutiques avec un ergothérapeute ou un psychomotricien. On cherche à faire travailler les poignets, les bras, les articulations des doigts, le contact, etc. » Il y a enfin les personnes âgées : « Il s’agit parfois de leur faire passer simplement un moment de bien-être, parfois d’essayer de créer du lien social, ou encore d’avoir des objectifs de motricité, de mémoire. Comme l’attention n’est pas centrée sur les participants, et que ce qu’on leur demande est toujours dirigé vers l’animal, nous arrivons beaucoup plus facilement à leur faire travailler ce que l’on veut. Sans avoir la prétention de dire que l’on peut refaire marcher quelqu’un en fauteuil, on peut tout de même noter que certaines personnes retrouvent goût et plaisir à faire certains gestes, juste pour pouvoir donner à manger à un lapin. »

À 26 ans, Marina a choisi d’offrir du mieux-être à des gens dans le besoin. « Ma vie est certes modeste, mais elle est épanouissante et elle est telle que je l’imaginais : j’ai transformé ma passion en métier, mon cadre de vie me régale. Quand je me lève le matin, je ne vais pas travailler, je vais partager un moment de bonheur avec mes animaux et je vais aider les gens. » Après deux ans d’activité, elle est fière de voir son travail reconnu par les professionnels : « Lorsqu’ils parlent de moi en tant que partenaire, et plus en tant que prestataire, c’est une grande victoire. » En effet, l’objectif ultime reste de voir des améliorations dans le quotidien des personnes qu’elle accompagne. Que cela soit à visée thérapeutique, éducative, sociale ou juste pour faire de l’animation plaisir, loisirs, Marina est heureuse de voir les gens heureux.

Le temps des présentations est arrivé. Voici l’équipe type ! D’abord, il y a Hanna, « mon premier chien », c’est le binôme, le bras droit de Marina. « C’est elle qui gère les autres animaux de l’atelier, elle est mon équilibre. » De plus, le chien est l’animal le plus connu, le plus accessible. C’est souvent celui qui est préféré. « Hanna est particulièrement sensible et elle est capable de s’interposer entre deux lapins qui commenceraient à se battre pour de la nourriture (rires), cela fait de l’animation ! On peut également faire des merveilles avec une poule ! Sur un groupe de 10, ne me demandez pas pourquoi, mais il y en a 7 qui n’en auront rien à faire, 2 qui en auront peur, et une personne pour qui cette poule va tout changer ! » C’est comme ça, les animaux font appel à des souvenirs, à des sentiments… Puis, il y a les cochons d’Inde, les lapins, les chinchillas et autres animaux de la ferme…

Pour un atelier type, imaginez tout ce petit monde juché sur une table avec les gens installés tout autour des animaux. Caresses, délicates attentions, jeux, tout est préparé en amont avec une équipe pluridisciplinaire pour animer ces moments si particuliers. En aidant sa maman à construire un véritable petit coin de paradis pour les animaux, Marina a toujours eu dans l’optique de reprendre le flambeau pour pérenniser l’activité.

Depuis 2016, Marina est également coordinatrice de stages pratiques pour l’institut AGATEA (centre de formation, d’application et de recherche en médiation animale) et est amenée à former des gens qui souhaitent exercer le même métier qu’elle. « Plus on sera, plus on fera de bien et à plus de gens ! » Voilà, tout est dit, Marina Furlan, c’est une représentation parfaite du partage, pour elle la concurrence dans cette profession n’existe pas, tout cela va bien au-delà…

Infos : asso-amaia@hotmail.com
* AMAIA: Association pour la Médiation et l’Animation Intégrant l’Animal