François-Xavier Lacroux, flûtiste, directeur musical et chef d’orchestre

joconde
Francois Xavier Lacroux

En achetant son premier disque de Mozart à l’âge de 5 ans, François-Xavier Lacroux ne se doutait pas qu’un beau jour, il serait à la fois flûtiste, directeur musical et chef d’orchestre. Laissez-vous bercer par ce portrait qui promet un parcours rocambolesque, à l’image de la musique que cet artiste polyvalent pratique : le Baroque.

Languedocien d’origine, François-Xavier Lacroux a un frère, également musicien, dont il confie être très proche. La musique entre dans leur vie dès leur plus jeune âge. « Chez nous, il y a une véritable tradition familiale autour de la musique. Maman chante et joue du piano, mon père, quant à lui, s’exerce à la guitare, mon grand-père était chef d’orchestre amateur, mon arrière-grand-père violoniste… Il y a en moi un héritage incontournable. Mozart, Les Beatles, Pink Flyod, Pierre Henry (création acousmatique), ces musiciens ont bercé mon enfance. » Alors, forcément, baigné dans un milieu tel que celui-là, François-Xavier ne pouvait y échapper. Entouré d’une famille fascinée par le monde sonore, il choisit l’un des instruments les plus difficiles à l’apprentissage : le violon. Malgré les mises en garde de sa mère, le jeune garçon répond avec bagou : « rien n’est impossible si on travaille… » Conservatoire, école de musique, la ville de la célèbre Fête des Lumières sera le berceau de son éducation musicale.

Un appétit insatiable saisit alors François-Xavier et vers l’âge de 10 ans, il apprend alors la flûte à bec, puis la flûte traversière. Il suit différents stages de musiques anciennes et tombe amoureux de ce style musical qui deviendra plus tard sa signature. « Dès que j’écoutais un disque de musique classique, je jouais au chef d’orchestre, pas seulement dans ma tête, mais gestuellement c’était comme si j’y étais… » Avec son frère, qui lui se spécialisera plus tard dans l’acousmatique, ils s’amusent à enregistrer des bandes dessinées. En famille, ils se produisent lors de petits concerts et son grand-père le fait répéter chaque semaine : « Ce sont des souvenirs fabuleux ».

En orchestre symphonique, François-Xavier se souvient de ses premiers concerts, notamment dans plusieurs grandes salles lyonnaises. Le stress est à son paroxysme : « La scène est tellement exaltante, je n’étais à l’époque que 28e violon, c’était déjà grandiose. » Ou bien petit chanteur, sous la direction de Claire Gibault avec l’Orchestre National de Lyon. Il poursuit son itinéraire musical et nous raconte au passage qu’il allait régulièrement admirer les prouesses vocales de sa mère à la Chorale. « J’apprenais en la regardant, je m’entrainais à entendre la musique en la lisant ». Du coup, il approfondit le chant. Ensuite, il se met au clavecin et à l’orgue : « Avec le clavier, toute l’harmonie se joue sous nos doigts, c’est un impondérable ! » Il fallait savoir tout faire… Pour un jour, diriger !

Francois Xavier Lacroux
piscine plein sud langon

Le jeune homme est un hyperactif. Tout en développant ses aptitudes, il pratique l’escrime, le scoutisme et apprend l’allemand avec rigueur. « J’ai pris mes premiers cours d’orgue en Allemagne, car ma correspondante était organiste. Là-bas, toutes les écoles ont un orchestre symphonique. Je me dis toujours, comment est-ce possible qu’en France cela soit si différent ? La musique cela se partage et elle est tellement nécessaire à l’épanouissement personnel… »

Il y a aussi les rencontres. Un professeur initie l’artiste en herbe au traverso, une flûte traversière baroque. Cela renforce son coup de cœur. Les stages d’été qu’ils réalisent lui ouvrent plus tard de nouveaux horizons. Un jour, ses oreilles sont caressées par le son d’une viole de Gambe de l’une de ses professeures : « Cet instrument est fascinant ».

Après un service militaire à 23 ans, François-Xavier part pour Rome où il entre à la faculté Grégorienne de philosophie et des langues anciennes. Dans le même temps, il auditionne pour intégrer l’institut pontifical de musique sacrée au Vatican. Il est accepté et rejoint La Cappella Giulia, le chœur d’hommes de la Basilique Saint-Pierre. Il découvre le chant italien, entouré de 40 hommes à la puissance vocale impressionnante. « C’était amusant, nous jouions en soutane violette. » Mais comme cela ne remplit pas assez son agenda, il postule pour un job de guide patrimoine à Rome.

Après un passage en Allemagne où il approfondit notamment la direction de choeur, , il rentre en France où l’enseignement et la transmission vont devenir son nouveau but. C’est dans la région bordelaise qu’il posera ses valises, par hasard, pour un poste de professeur de philosophie d’abord, puis d’allemand.

La musique lui manque alors il décide de monter un Choeur dans les années 2000 : « Ce sont les début des Chantres de Saint-Hilaire, avec un groupe de 12 jeunes hommes. Malheureusement, en plusieurs années les parcours ont divergé et le groupe s’est dispersé. » François-Xavier Lacroux s’essaie un temps à l’entrepreunariat, mais revient rapidement à ses amours, ses passions. En 2007, il fait renaitre les Chantres en travaillant sur des « plains-chants » du XVème siècle. Pendant un an et demi il rédige ces manuscrits pour reconstituer des partitions. Elles seront baptisées Le Livre de Bordeaux. Pour les interpréter, il recrute des voix. D’abord Guillaume un contre-ténor, puis Lucie Fouquet, chanteuse à Uzeste… En 2010, Les Chantres de Saint-Hilaire produisent leur premier disque. En 2012, ils donnent 47 concerts. Cet ensemble professionnel rencontre le succès et se produit alors partout en France, à l’étranger, mais aussi sur le territoire du Sud-Gironde. Le Château Yquem est d’ailleurs l’un des mécènes de l’association. Le Château  Malromé a accueilli un concert extraordinaire en 2017 qui a rassemblé plus de 400 personnes en une soirée. Cet événement, animé par l’actrice Armelle, a accueilli un ensemble italien réputé dans le cadre d’une joute musicale à l’occasion des naissances de Claudio Monteverdi et de Nicolas Formé (le musicien de Louis XIII).

Francois Xavier Lacroux
AMS Renault Langon

Parallèlement, il enseigne à l’école de musique de Saint-Macaire, Ardilla, puis au Conservatoire Intercommunal de Langon. François-Xavier propose à quelques uns de ses élèves prenant de la graine de monter un petit ensemble. Le groupe donne un premier concert, et il faut se trouver un nom ! L’Ensemble de Musiques Anciennes Sauternes (EMA) est né. Le petit ensemble va muer en grand orchestre baroque avec les années. « L’Association Les Fils du Tonaire regroupe les différentes entités qui se sont créées au fur et à mesure des années. Les Chantres de Saint-Hilaire, l’ensemble pro, l’Ensemble de Musiques Anciennes Sauternes, mais aussi L’Atelier de Grégorien (un chœur de femmes), Les Académies d’été… Je suis directeur musical de toutes ces structures. » L’EMA accueille ainsi 80 musiciens allemands en échange musical au Château Filhot de Sauternes en juin 2017, et se produit devant plus de 600 personnes.

L’action auprès des amateurs est pour François-Xavier un essentiel. Les notions de partage, rendre accessible la musique baroque est pour lui un véritable cheval de bataille. « Nous développons beaucoup de projets avec des scolaires, des publics en situations difficiles, etc. J’arrêterais cette activité si je ne devais me produire que dans le cadre de festivals. J’adore la résonance entre le patrimoine local et la musique que l’on y fait. Nous avons donné un concert avec l’Atelier de Grégorien  à Saint-Martin-de-Sescas, devant l’un des plus beaux portails de France, j’en garde un souvenir incroyable. » Menuisiers, ouvriers, agriculteurs, salariés, chômeurs, toutes les catégories socio-professionnelles sont représentées à l’EMA.

Avec des études humanistes et un sens pour la spiritualité développé, François-Xavier Lacroux exerce un autre don. Il est magnétiseur ! « C’est arrivé un peu par hasard, un héritage familial aussi. D’abord on passe le feu, puis on se rend compte que l’on peut faire davantage. Je me suis formé à l’anatomie… C’est passionnant. Cela m’apporte une grande satisfaction, construire pour offrir, j’ai développé mon sens de l’empathie et cela a donné un vrai un sens à ma vie. J’essaie de mettre beaucoup d’amour dans ce que je fais. Comme pour la musique… »

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