Ramón Garcia Caldevilla, Président de l’aéroclub du Sud-Gironde

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Portrait Ramon Garcia Caldevilla

Doux rêveur, vivant exclusivement pour sa passion, Ramón Garcia Caldevilla est un pilote d’avion aguerri, un mécanicien hors pair, qui a mis de nombreuses années avant de vivre de sa passion. Avouant avoir souffert d’une grande timidité, c’est à la fois le destin, mais aussi un savoir-faire inestimable pour certains, comme un don, qui a permis à Ramón d’intégrer le monde de l’aviation, son rêve d’enfant. Vol au dessus du parcours d’un espagnol qui a atterri à Bazas.

Né dans les Asturies, entre mer et montagne, les parents de Ramón décident de quitter la magnifique région espagnole en 1964. Pour le Bazadais d’adoption, sa passion ne trouve aucune origine terrestre. Sa seule explication : « J’étais peut-être un oiseau dans une vie antérieure ! ». Avec humour, il raconte que les études n’étaient pas son point fort et que ses espoirs se sont envolés aussi vite que les avions qu’il a toujours admirés. Ses parents le dirigent alors vers l’apprentissage, dans un garage automobile à Bazas : « La mécanique et les avions sont très liés, j’ai toujours été fasciné par les moteurs à explosion, ce fabuleux transformateur d’énergie ! ». Le jeune homme enchaîne apprentissage, CAP, et malgré tout, l’aviation reste dans un coin de sa tête. Il ne démord pas. Alors qu’il postule pour intégrer une école de maintenance aéronautique, son père décède subitement en 1973 et les projets de Ramón sont une nouvelle fois mis à rude épreuve. « C’est papa qui ramenait l’argent à la maison et c’était désormais à mon tour de jouer ce rôle ». Il passe donc 24 ans dans l’automobile. « J’y suis entré par accident et j’en suis sorti par miracle », la formule fait mouche et notre curiosité est piquée au vif !

Parallèlement à son travail, il prend sa première carte à l’aéroclub de Bazas en 1972 et s’y rend chaque week-end. Les journées se ressemblent, Ramón pose sa mobylette contre la barrière et se laisse bercer par les bruits des moteurs qui s’envolent. Il regarde, rêve, et rentre chez lui des étoiles plein les yeux. Puis, il achète un fond de commerce à Bazas pour monter sa propre affaire et dirige son garage jusqu’en 1994. à 40 ans, son métier le lasse, la mécanique a évolué et n’est plus ce qu’elle était à ses débuts, mais il se rend également compte qu’il était temps de changer avant de passer à côté… de l’aviation.

Passionné, pendant son temps libre Ramón intègre une école d’ULM à La Réole. « J’y étais instructeur et, de fil en aiguille, j’ai commencé à faire l’entretien des avions. Puis, j’ai construit trois ULM pour des amis en apprenant sur le tas. J’ai fait mes armes dans cette société, cela a duré 3 ans. »

Portrait Ramon Garcia Caldevilla
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Puis, une proposition venue du ciel s’offre à lui : « J’ai travaillé pour un ami dans un atelier de maintenance aéronautique sur La Réole. L’un de ses clients principaux était un fabricant de lingerie qui possédait deux avions pour ses propres déplacements. » Ce client n’a alors d’yeux que pour Ramón, son mécanicien en chef ! Et l’homme d’affaire ne s’arrête pas là, il décide que le maître des hélices viendra travailler à ses côtés, et cela tombe bien, il vient de racheter une compagnie aérienne bordelaise ! Après un dîner de courbettes, Ramón ne peut refuser la proposition de son sauveur, il allait enfin travailler dans ce milieu qu’il avait tant convoité !

Après plusieurs stages pour s’adapter à son nouveau métier axé autour de l’avion de transport et l’obtention d’une licence en maintenance aéronautique, Ramón est fin prêt à exercer. Enfin… cela ne s’est pas fait tout seul, plusieurs formations aux États-Unis laissent quelques souvenirs cocasses à notre portrait du jour : « l’anglais n’était pas mon fort… mais je m’en suis sorti tout de même ». Les années passent, Ramón évolue et excelle au point d’obtenir le poste de directeur technique qu’il exercera jusqu’à sa retraite en 2015. « C’est un parcours dont je suis fier car c’était un rêve de gosse qui s’est matérialisé un peu malgré moi. On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu’on prend pour l’éviter* ». Et ce travail, Ramón l’a aimé plus que tout. « Ce qui m’a toujours commandé dans ma vie : c’est mon travail. Un avion qui tombe en panne il ne peut pas se poser sur un nuage, c’est un métier difficile où l’on n’a pas le droit à l’erreur. Malgré tout, l’erreur est humaine et nous sommes humains, mais nous n’avons absolument pas le droit de l’envisager comme un joker. »

Portrait Ramon Garcia Caldevilla

Et pendant cette vie trépidante, rythmée par les vols et les journées mécaniques, Ramón trouve toujours du temps pour se rendre à l’aéroclub de Bazas. Il y a même acheté une maison à une cinquantaine de mètres. « Je fais partie des plus anciens du Club. Il a été crée en 1968 et le Club possédait initialement un avion à Marmande. En 1969, il y a eu un accident, l’instructeur et l’élève sont décédés. Mais les adhérents n’ont pas baissé les bras, ils ont racheté un avion et en 1970, le terrain de Bazas a été inauguré. J’ai profité de cet événement pour me payer mon baptême de l’air, c’était la première fois que je montais dans un avion, j’avais 15 ans. Une vingtaine de membres, 5/6 pilotes, à l’époque ils représentaient une certaine classe de Bazas, des chefs d’entreprise, ils ouvraient les carnets de chèques pour financer et assurer le fonctionnement du club. Aujourd’hui, les choses ont relativement changé, l’aviation s’est démocratisée et n’appartient plus à cette élite. »

Président pour la troisième fois, Ramón avoue que les temps sont durs pour l’association désormais nommé « Aéroblub du Sud-Gironde ». « Nous n’avons actuellement plus d’instructeur. C’est une passade, car nous avons un projet avec la société Airlec, société au sein de laquelle j’ai travaillé et basée à Mérignac. L’un de ses pilotes serait susceptible de donner des cours chez nous, c’est une aubaine ! Dès septembre, vous pourrez donc vous inscrire chez nous pour apprendre à piloter ! » L’école avait été mise en sommeil, mais les bénévoles ont bien l’intention de la remettre sur pieds. L’aéroclub propose également des balades au dessus du Sud-Gironde. Pour un tarif unique de 2 euros la minute (une broutille qui représente simplement le prix de revient de l’avion !) vous pouvez partir pour une balade de 20 minutes (Bazas, Castets-et-Castillon, Langon, Entre-deux-Mers, forêt landaise, Sauternais, Château de Roquetaillade…), 40 minutes (idem mais ajoutez le Château de Villandraut et le Château de Cazeneuve) ou encore 75 minutes pour voler jusqu’au Bassin d’Arcachon. Et l’avion peut contenir jusqu’à 3 passagers pour le même prix. Faites le calcul, un vrai cadeau ! « Vous pouvez découvrir le Bazadais et ses environs. Nos pilotes sont qualifiés pour l’emport de passagers et peuvent organiser des vols promenades à la demande. » Une occasion en or de profiter du paysage Bazadais vu du ciel ! Le tout en faisant une bonne action pour cette association, magique non ?

Infos : 05 56 25 03 16 – 06 08 32 51 73
acsudgironde@orange.fr – ramon.garciacaldevilla@orange.fr

* On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu’on prend pour l’éviter. Jean de La Fontaine.