Thomas Boudat, cycliste professionnel

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Thomas Boudat

Issu d’une famille de viticulteurs de l’Entre-deux-Mers, Thomas Boudat jongle entre entrainements, compétitions et viticulture. Tour de France, Jeux olympiques, Championnats du monde, à seulement 24 ans, il fait partie des plus jeunes cyclistes professionnels français de haut niveau et il est sud-girondin ! Ses débuts sur un vélo de course, sa première chute, son club de coeur, sa passion pour le vin, ses victoires, mais aussi ses défaites… C’est avec beaucoup de pudeur que Thomas se dévoile pour nous raconter son histoire.

Thomas, te souviens-tu de la première fois que tu es monté sur un vélo de course ?
Oui, très bien même… J’avais 5 ou 6 ans. Mon grand-père, Joseph Cigana, qui a aussi été cycliste professionnel, avait un ami qui tenait une école de vélo à La Réole. Un jour, il m’a dit « je vais t’amener pour essayer ! » C’était en automne, j’ai fait un tour de vélo et des feuilles cachaient un trou. J’ai mis la roue de devant dedans et j’ai fait un beau soleil ! Après ça, je ne voulais plus remonter sur le vélo, enfin cela a duré une semaine peut-être… (rires)

Le vélo c’est donc une histoire de famille…
Même si le cyclisme est différent aujourd’hui, mon grand-père et mon oncle, Alain, qui ont notamment participé à des Tours de France et compétitions professionnelles, me racontent souvent des souvenirs de leurs compétitions. Pour moi, la famille c’est très important et je conserve des liens forts avec mes proches. C’est un peu les fondations de ma performance. Ils sont là quand ça ne va pas. Il est primordial d’être bien entouré et d’avoir une ossature familiale solide, en tout cas pour moi ! C’est comme ça que je retrouve de l’énergie et de la force pour aller plus loin et passer au-dessus de mes échecs.

Et toi aussi tu t’es pris au jeu, n’est-ce pas ?
Mes parents m’ont inscrit au Vélo Club Pays de Langon, sous la présidence de Serge Bouquet. J’ai fait mes premières courses, mes premiers résultats, mais ceux qui courraient dans la même catégorie étaient plus grands que moi, et donc un peu avantagés. Du coup, pour me motiver, mon grand-père m’a promis : « si tu termines une course sur le podium, je t’offre un nouveau vélo ! » Et j’ai réussi ! Je suis d’ailleurs toujours membre du VC Pays de Langon, c’est une façon de leur rendre la pareille pour le soutien qu’ils m’ont apporté. Je n’ai plus trop l’occasion de venir m’entrainer avec eux, mais je le fais dès que je le peux !

Puis est venu le temps du sport de haut niveau…
Au VC Pays de Langon j’ai été entraîné par Marc Mallié. Il m’a formé pour participer à mes premiers titres départementaux, régionaux et premières participations à des championnats nationaux. Ensuite, je suis très vite passé dans les catégories supérieures avec Didier Bouquet et mes résultats m’ont permis d’intégrer le Pôle France Cyclisme de Talence. C’est à ce moment-là que j’ai commencé les compétitions de haut niveau. À cette époque, c’est Éric Vermeulen qui a pris le relais. Il a été une sorte de second père pour tous les internes du pôle. Nous étions loin de nos familles et il s’occupait bien de nous ! C’est important d’avoir quelqu’un qui tient les rênes et nous protège dans ce milieu. Je garde contact avec lui parce que c’est une personne importante dans ma carrière et dans ma vie.

Thomas Boudat

De la piste à la route, il n’y a qu’un pas ?
Jusqu’à 14 ans, je faisais essentiellement du vélo de route. Puis j’ai testé le vélo de piste, pour lequel nous allions nous entraîner au vélodrome de Bordeaux Lac. J’ai fait beaucoup de compétitions sur piste. J’ai remporté la 5ème place aux Jeux olympiques de Rio en 2016, participé et remporté des championnats du monde et j’en suis déjà très fier…
Mais j’avais un peu fait le tour de la question et besoin de voir autre chose et de découvrir d’autres sensations. J’ai commencé le très haut niveau sur route l’an dernier avec le Tour de France et cela fait très peu de temps que je m’y consacre. Pour le moment je ne connais pas trop mes limites, je progresse encore et c’est ça qui compte pour la suite. Je franchis les paliers un à un et mon rêve ultime serait de gagner une étape sur le Tour ! La grande différence entre la piste et la route, ce sont les compétitions. Sur pistes, les courses sont courtes et intenses. Alors que sur route, elles peuvent durer plusieurs heures. Et en tant que sprinter, je passe parfois de sales quarts d’heure, surtout lorsqu’il faut grimper ! (rires) La piste ça reste tout de même mon premier amour. C’est là que j’ai fait mes premiers résultats.

Comment se déroulent tes entraînements ?
Les semaines sont assez denses. On alterne entre compétitions, séances d’entraînement, de musculation… Pendant les jours de repos, on fait seulement une à deux heures d’entraînement et on privilégie la récupération en allant au sauna, hammam, jacuzzi, ou faire de la cryothérapie…
Pour ma part, cela représente entre trois et six heures de travail les jours les plus intenses. La particularité chez les cyclistes professionnels, c’est que, mis à part les stages (avec l’équipe Direct’Énergie ou l’équipe de France) qui se déroulent en équipe, chacun s’entraîne chez soi. Donc je suis souvent seul ou avec des amis. J’évite les pistes cyclables, mais aussi la circulation, parce qu’on roule entre 30 et 40 km/h et les situations peuvent vite devenir dangereuses. J’essaie de trouver des coins un peu tranquilles et sympas pour, tant qu’à faire, profiter du paysage.

Qu’aimes-tu particulièrement dans le vélo ?
Devoir se dépasser ! C’est un sport qui est très prenant. Comme tous les enfants, j’ai testé plusieurs sports, mais c’est le vélo qui m’a vraiment plu. En plus de la sensation de vitesse, le besoin de jouer des coudes pour garder sa place et ne pas se retrouver en queue de peloton augmente l’adrénaline… Comme je suis passé pro à 20 ans, ce qui est assez jeune, je dois dire que j’ai vécu beaucoup de moments intenses et enrichissants malgré mon âge. J’en apprends tous les jours !

Thomas Boudat

Et ta famille te suit en compétition ?
Ce n’est pas toujours facile parce que mes parents sont viticulteurs et c’est un métier très prenant. Mais ils essaient de venir le plus possible et surtout sur des courses qui sont importantes pour moi ! L’an dernier, ils sont venus me voir sur le Tour de France et aux Jeux Olympiques de Rio.

Que fais-tu pendant ton temps libre ?
Mes deux passions sont le vin et le vélo, mais j’aime aussi beaucoup la gastronomie. Dès que je peux, j’essaie de sortir et découvrir de nouveaux restaurants. J’ai les mêmes activités que les jeunes de mon âge, mais moins de temps pour m’y consacrer… Ou quand je le fais, c’est à 100%. Je suis quelqu’un d’assez solitaire, à fond dans le vélo. Même si nous pouvons être en équipe, ça reste un sport individuel. C’est important d’avoir une bonne équipe, tout en étant performant à titre individuel.

Et sur le long terme ?
J’espère gagner le plus de courses possible, mais je garde les Jeux olympiques de Paris 2024 dans un coin de ma tête ! Les JO, ça reste quand même une épreuve difficile et une grande organisation. J’étais très jeune à Rio et c’est frustrant d’être passé aussi près de la victoire. Malgré le fait que je n’ai pas eu de médaille, j’en garde un très bon souvenir.

Quels sont tes meilleurs souvenirs ?
J’aurais des millions d’anecdotes à raconter… J’ai côtoyé des vieux de la vieille, si je peux me permettre, comme Sylvain Chavanel ou Thomas Voeckler, qui sont des icônes du cyclisme français ! Ils ont beaucoup d’expérience qu’ils nous transmettent et ça nous fait avancer plus vite. Ça nous permet d’éviter de faire certaines erreurs. Mais j’ai vraiment deux souvenirs auxquels je tiens particulièrement. Ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est lorsque ma mère, Françoise, est venue me voir pour les championnats du monde de Cali (Colombie) en 2014. Elle est venue avec une amie et j’ai gagné l’omnium. Le centre de piste du vélodrome est, en principe, uniquement réservé aux coureurs, entraîneurs… Mais, elle est assez casse-cou et elle a réussi à déjouer la sécurité pour passer à l’intérieur et me voir sur le podium (rires) ! C’était un moment très riche en émotion. Puis quand je suis rentré, elle avait fait venir tout le monde, famille et amis, pour m’accueillir à l’aéroport.
Il y a deux ans j’ai aussi participé au Championnat de France sur piste au vélodrome de Bordeaux. Nous étions donc à la maison, et j’ai pu être dans la même équipe que mon petit frère Nicolas. Tout le monde avait fait le déplacement et nous avons gagné tous les deux. C’est encore un moment très fort.

Des envies de garder un lien avec la vigne ?
Mon objectif est tout de même de reprendre la propriété viticole de mes parents qui tiennent les Château de Viaut et Château Haut Gramons à Mourens et Langon. Mon frère Nicolas et ma soeur Marion ont déjà rejoints mes parents et s’axent vers la vente et la gestion de l’entreprise. Et moi, à terme bien sûr, je voudrais m’orienter vers la vinification, ce qui tombe très bien ! Dans le vélo on est très sollicité. On voit beaucoup de monde. La vigne me permet de retrouver une certaine sérénité. Puis, si le vélo venait à me manquer, pourquoi ne pas entraîner les futures générations au VC Pays de Langon !

Château Lamothe Guignard